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jeudi 6 mars 2014

Novalis et l'eau



Écoutons, le philosophe allemand Novalis nous parler de l'eau dans son livre "Les Disciples à Saïs",  traduit par Maurice Maeterlinck, Paul Lacomblez Éditeur, Bruxelles, (1914) pp. 44-46. Tout d'abord un résumé des mots les plus utilisés par Novalis: Eau, hommes, nature, plus, amour, âme; tout un programme pour ce romantique exacerbé:
Ah ! s’écria le jeune homme, les yeux étincelants, quel est l’homme dont le cœur ne tressaille de joie lorsque la vie intime de la Nature lui pénètre l’âme en sa plénitude ; lorsque le sentiment puissant, auquel la langue humaine ne peut donner d’autres noms que les noms de volupté et d’amour, s’étend en lui comme un parfum irrésistible, dissolvant toute chose; lorsque, tremblant d’une douce anxiété, il s’abîme dans le sein obscur et attrayant de la Nature, que la pauvre personnalité se perd dans les flots envahisseurs de la volupté, et que rien ne demeure, qu’un foyer de l’incommensurable force génératrice, un tourbillon dévorant sur l’immense océan ! Quelle est donc cette flamme qui jaillit de tous côtés ? Un profond embrassement, dont le doux fruit retombe en voluptueuse rosée. L’eau, enfant première-née de ces fusions aériennes, ne peut renier sa voluptueuse origine, et, avec une toute-céleste puissance, se montre un élément d’amour et d’union sur la terre. Ce n’est pas à tort que d’anciens sages ont cherché en elle l’origine des choses ; et, vraiment, ils ont parlé d’une eau plus sublime que l’eau des fontaines et des mers. En elle se manifeste le fluide originel, tel qu’il apparaît dans les métaux liquides, et c’est pourquoi il faut que les hommes l’honorent toujours comme une déesse. Combien peu sont descendus jusqu’ici dans les mystères de la fluidité ! Pour combien d’hommes ce pressentiment de la jouissance et de la vie suprême ne s’est jamais élevé tout au fond de l’âme enivrée ! Dans la soif se manifeste cette âme universelle, ce violent désir de la fluidité. Ceux qui sont ivres n’éprouvent que trop ces surnaturelles délices de l’élément liquide ; et, au fond, toutes les sensations agréables sont des liquéfactions diverses, des mouvements de cette eau originelle en nous. Le sommeil même n’est autre chose que le flux de cette invisible mer universelle, et le réveil est le commencement du reflux. Que d’hommes s’arrêtent au bord des cours d’eau enivrants et n’entendent point le doux chant de nourrice de ces eaux maternelles, et ne savent pas jouir de l’adorable jeu de leurs flots infinis. A l’âge d’or, nous vivions comme ces flots ; dans les nuages multicolores, mers flottantes et sources de tout ce qui existe sur la terre, aimaient et s’engendraient, en des jeux éternels, les races des humains ; et les enfants du ciel les y venaient visiter... Ce n’est que lors de ce grand événement, que les légendes sacrées appellent le déluge, que ce monde florissant disparut. Une puissance ennemie rabattit la terre, et, seuls, quelques hommes, accrochés aux rochers des montagnes nouvelles, demeurèrent dans un univers étranger. Qu’il est étrange, que précisément les plus saints et les plus adorables phénomènes de la Nature demeurent entre les mains d’hommes aussi morts que le sont d’ordinaire les chimistes! Ces phénomènes qui éveillent puissamment le sens créateur de la Nature, ces phénomènes qui devraient demeurer le secret des amants et le mystère de l’humanité supérieure, sont follement et effrontément provoqués par des esprits grossiers qui ne sauront jamais quels prodiges enveloppent leurs vaisseaux de verre ! Les poètes seuls devraient manier les liquides, seuls ils pourraient en parler à la jeunesse. Les laboratoires deviendraient des temples, et les hommes honoreraient d’un culte nouveau leurs liquides et leurs flammes. Combien les villes que baigne la mer ou un grand fleuve s’estimeraient heureuses! Chaque fontaine redeviendrait l’asile de l’amour, et le séjour des sages. C’est bien pour cela que rien plus que l’eau et le feu n’attire les enfants, et toute rivière leur promet de les mener en des contrées plus belles. Ce n’est pas seulement un reflet du ciel que nous voyons dans l’eau, c’est un doux rapprochement, un signe de voisinage, et quand le désir inapaisé veut s’élever, l’amour heureux aime à descendre dans la profondeur sans limite.
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