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mercredi 19 mars 2014

De l'eau et des mots



Avez-vous remarqué que l'eau est probablement la seule substance dont n'importe qui connaît la formule chimique: H2O (prononcez "achedeuzo"). Même les artistes sont fascinés par cette manière de voir les choses au point d’en faire un spectacle de danse baptisé «Mémoires de l'eau : Rencontre entre classique et breakdance". Savant mélange d’art et de science où la structure de l’eau est évoquée à l’aide de mouvements du corps humain en suivant les conseils d’un archéologue sous-marin. Et que dire de la série télévisée australienne intitulée «H2O: Just Add Water» où l’eau liquide est omniprésente? Le producteur a-t-il vraiment compris que «eau liquide» et une formule comme «H2O» sont deux choses qui n’ont absolument rien à voir? Je me propose ici de voir comment l’eau est traitée par les poètes, les philosophes, les hommes politiques et de manière plus générale par tous les blablateurs qui utilisent des mots pour parler de l’eau. Pour ce qui me concerne, la personne qui s’est le mieux exprimée au sujet de l’eau est le poète Novalis à tel point que je n'ai pas résisté à mettre en image et en musique ces mots très forts et très suggestifs datant de 1792. Pour Novalis, l’eau est avant tout quelque chose qui est lié aux hommes, à la nature, à l’amour et à l’âme comme le révèle le nuage de mots associé à ce texte.



Ceci est en fort contraste avec un texte très célèbre d’Antoine de Saint-Exupéry, dont le nuage de mots nous révèle que l’eau est avant tout une question de pouvoir, de mort et de négation, une chose contaminée par la chimie, ce qui le conduit tout droit au fantasme de l’eau pure.



Or, comme le dit très bien un proverbe chinois, «Une eau trop pure ne produit pas de poissons...». Certains poètes à l’instar de John Ballantine Gough (1817-1896) affichent pour leur part leur peur de toucher l’eau en se réfugiant dans les seuls sens de la vue et de l’ouïe: «Où que l’on regarde, l’eau est une source de beauté, scintillante dans les gouttes de rosée, chantante dans la pluie d’été, étincelante dans le givre qui recouvre les feuilles pour les transformer en joyaux vivants; répandant un voile doré sur le coucher du soleil; ou un fin duvet blanc sur la lune de minuit...» (A glass of water). Quel contraste avec un Léonard de Vinci qui n’hésite pas une seconde à toucher l’eau physiquement pour en retirer une conclusion surprenante: «Si vous mettez votre main dans une rivière qui coule, vous touchez la dernière chose qui est partie ainsi que la première chose qui va bientôt arriver...».

La description qu’il fait de l’eau est foisonnante et luxuriante. Jetons un œil sur le nuage de mots associé à ce texte:



Avec l’écrasante présence du mot «parfois» suivis de deux mots: eau et change, ce cher Léonard nous donne un clé précieuse pour comprendre l’eau. Cette clé c’est la non permanence, donc le mouvement, le changement, tout le reste que secondaire... Allez comprendre cela à avec une expression comme «achedeuzo». D’ailleurs Confucius (Entretiens), nous le dit sans détour: «Un homme sage est ravi quand il se baigne dans l’eau...». Voilà qui est plutôt rassurant. Oui, l’eau est une chose qui est toujours en mouvement, se touche et qui en retour mouille, c’est tout bête mais combien de gens ont vraiment conscience de cela? Bob Marley, de toute évidence le savait: «Certaines personnes parle de la pluie. D’autres préfèrent être trempés». J’aime bien aussi Rose Amy Fyleman (1877-1957) quand elle nous dit: «Avez-vous déjà vu toutes ces fées qui agitent leurs petites ailes après la pluie afin de les faire sécher au soleil?» Ici, paradoxalement, dès que l’eau mouille, l’imagination s’enflamme. L’eau, une flamme mouillée (Novalis sort de ce corps!!!).

A ce petit jeu, les hommes politiques ont généralement tout faux comme le révèle cette phase idiote d’Edmund Burke (1729-1797) dans un ouvrage de 1757 intitulé pompeusement «Une Recherche Philosophique sur les Origines de nos Idées concernant le Sublime et la Beauté»: «L’eau est insipide, inodore, sans couleur et lisse». Il suffit de boire l’eau d’un rivière, d’aller dans un marais, de regarder la mer ou un lac avec ses petites rides pour voir que ne l’on parle ici pas de l’eau mais bien de cette chose nommée «achedeuzo» qui a été purifiée par torture dans quelque sombre laboratoire alchimique de l’époque pré-révolutionnaire. Même lorsqu’ils sont jardiniers comme l’excentrique baronet de Renishaw, Sir George Sitwell (1860-1943), on refuse, en bon politicard, de se mouiller: «J’ai laissé pour la fin la magie de l’eau, un élément qui en raison de sa versatilité en termes de formes, d’humeurs et de couleurs et de la vaste gamme d’effets qu’elle produit est la principale source de beauté lorsqu’on observe un paysage, et qui tout comme la musique, exerce une mystérieuse influence sur mon esprit...». (On the Making of Gardens). Certains, comme Steward Lee Udall (1920-2010), font cependant preuve de lucidité lorsqu’ils déclarent: «Les plans pour protéger l’air et l’eau, la biodiversité et la vie sauvage sont en fait des plans pour protéger l’être humain». Et Stephen Johnson, administrateur de l’EPA d’avouer que: «L’eau est le sang de vie qui coule dans nos artères, dans notre économie, dans notre nation et nous procure ainsi le confort de vivre...». En effet, selon la loi de conservation de la crasse d’Imbesi: «Pour que quelque chose devienne propre, il faut qu’autre chose devienne sale». Or, si c’est l’eau qui s’y colle, la loi ne tient plus car selon un proverbe africain: «Il est impossible de laver une eau sale...». Évidemment on associe rarement les villes où l’eau se prostitue à l’Afrique, où l’eau reste sauvage. J’aime bien aussi ce petit poème trouvé sur internet d’une certain David J. Ford qui nous démontre que pour faire un tas de choses il suffit d’ajouter de l’eau. Mais comme le dit si bien, le scénariste et acteur Steven Wright: «Maintenant que j’ai de l’eau en poudre, je ne sais plus quoi ajouter...». Bref, l’eau c’est aussi ça, quelque chose de tellement indispensable qu’on ne découvre sa vraie valeur que lorsqu’elle vient à manquer. Au fait, savez vous quelle est la puissance entièrement faite d’eau la plus efficace au monde? Pour le scénariste américain Wilson Mizner la réponse est claire et sans appel: «les larmes féminines». Pour Ovide, c’est la goutte d’eau: «Gutta Cavat Lapidem, Non Vi, Sed Saepe Cadendo» (Epistulae Ex Ponto, Book 3, no. 10, 1.5), mais à bien y réfléchir cela revient au même. Lao Tseu disait d’ailleurs déjà la même chose: «Rien n’est plus faible que l’eau. Toutefois pour vaincre ce qui est dur et fort, rien ne la surpasse». Parlait-il de l’eau ou des femmes? Mais certains philosophes comme Chuang Tzu (c.360 BC - c. 275 BC) peuvent être très prétentieux en affirmant: «Le son de l’eau dit ce que je pense...». Masaru Emoto, l’empereur de glace, appréciera. Pour info, j’ai aussi essayé de définir l’eau avec des mots et voici le nuage que cela donne:



Je vous laisse le soin de conclure si ce texte parle bien d’eau. J’ai aussi essayé comme Lao-Tseu et Ovide de vanter la puissance des gouttes. Si vous aussi avez des petits poèmes originaux sur l'eau, n'hésitez pas à me les envoyer pour alimenter ce blog...

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